Etienne Krieger
Etienne Krieger
Diplômé d’HEC et docteur ès sciences de gestion à l’Université Paris-Dauphine, est entrepreneur et enseignant à HEC Paris.
Co-directeur académique du programme HEC Start-up Studio et de la chaire de prospective ESA_LAB@HEC
Entretien avec Etienne Krieger
Propos recueillis par Thu Trinh-Bouvier le 1er septembre 2020
“Chercher à créer des méthodes et des langages de programmation pour pouvoir exécuter des calculs quantiques a pleinement son sens“
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Etienne Krieger. Je suis professeur affilié à HEC où j'enseigne la finance entrepreneuriale. J'ai toujours eu un intérêt pour la création d'entreprises de technologies innovantes. Il y a trente ans, j’ai donc lancé un programme qui s'appelle Challenge Plus qui est devenu une sorte de référence en matière de formation et d'accompagnement des créateurs de ce type d'entreprises. Via l’enseignement, j’ai suivi des créateurs d'entreprises à travers ce dispositif. J’ai participé au développement de ces sociétés parfois en tant que membre du comité stratégique ou co-fondateur ou administrateur. De plus, je m'intéresse à la création au sens large et donc aux entreprises qui développent des projets artistiques. D’ailleurs, je suis administrateur du CUBE. Sylvie connaît bien cette entité car elle fait également partie du conseil d'administration. C'est un centre de création numérique qui est l'une des références en France. Cette structure accompagne la création numérique dans toutes ses dimensions (images / son...). Elle développe des œuvres sensibles avec des créatifs de tous profils. Sylvie est également à la jonction de toutes les disciplines : l'informatique, la littérature et l'art sous toutes ses formes. Elle a aussi cette capacité de rendre intelligibles les choses complexes et rébarbatives d'un premier abord avec toujours une pointe d'humour.
Je suis heureux que Sylvie reprenne sa recherche sur le quantique. Il y a quelques années, elle envisageait de candidater au concours à la création d'entreprise de technologies innovantes, qui s'appelle désormais i-Lab et puis elle ne l'a pas fait pour de raison de choix de vie car elle aurait dû se consacrer à ce projet à plein temps et elle avait aussi envie d’en poursuivre d’autres.
C’est amusant de voir qu’il y a 10 ans, Sylvie s’intéressait à ce sujet, alors qu'à l'époque il n’y avait pas l'engouement actuel.
Depuis combien de temps la connaissez-vous ?
Depuis plus de 15 ans ou 10 ans. Je me souviens que nous avions collaboré ensemble dans le cadre de l'association Art3000 qui s'incarne aujourd’hui dans la CUBE. Nous avons également travaillé ensemble sur la création d’une entreprise autour d’un système d'information géographique communicant. Elle avait développé pour ce projet des mémos extrêmement structurants qui avaient permis de mettre en place un planning de R et D pluriannuel. Grâce à cela nous avons obtenu de nombreux contrats et aides publiques. Ces projets lui ressemblent. Ils sont originaux, féconds et malicieux.
Qu'avez-vous pensé de l'informatique quantique quand Sylvie vous en a parlé pour la première fois ?
Cela m’a intrigué.
Je me suis de suite demandée pourquoi elle s'y intéressait. Être dans cette posture, de penser qu'il est nécessaire d'apprendre des langages de programmation qui ne soient pas du binaire, c'était assez épatant. J'étais heureux de découvrir un nouveau continent grâce à elle. Elle avait réalisé un mémo pour expliquer son domaine de recherche et nous avons essayé ensemble d'avancer. Nous avions le projet de créer une entreprise qui développerait son domaine de recherche sur le quantique. Nous souhaitions à l’époque obtenir également des subventions pour financer en partie ce projet. C'était sans doute un peu trop tôt car ce domaine était à ses balbutiements et l’État n’a pas souhaité aller plus loin car le sujet n'était pas encore assez mûr. Ce que l'on peut constater aujourd'hui c’est que ce sujet est devenu majeur et qu’il intéresse bon nombre d'entreprises prêtes à investir des montants considérables.
Je pense que Sylvie tout comme Ada Lovelace, qui est la mère des techniques de programmation, sont des visionnaires, des personnalités qui défrichent. Sylvie est toujours dans la recherche de la connaissance aussi bien à travers ses lectures comme des thèses informatiques qu'à travers sa démarche pratique. Je pense qu'elle écrira un jour une thèse : ce serait une suite logique de son parcours académique et professionnel. C'était rationnel à un moment donné de ne pas démarrer trop tôt car les planètes n'étaient pas encore alignées mais aujourd’hui c’est le moment de reprendre et de poursuivre sa démarche exploratoire. Je trouve particulièrement pertinente sa volonté de créer des outils et une pédagogie pour que le plus grand nombre comprenne ce sujet et puisse se l'approprier.
Que pensez-vous de l'informatique quantique ? Selon vous, quels sont les secteurs qui vont se développer en s'appuyant sur l'informatique quantique ?
Il y a bien sûr un enjeu de performance des calculs à travers les ordinateurs quantiques. Il y a aussi des enjeux de cryptographie quantique. Si ces ordinateurs surpuissants décryptent bientôt les codes des banques et des assurances, ces dernières seront obligées d’investir pour protéger leurs données. Dans le domaine de la météorologie et dans d'autres domaines extrêmement gourmands en data il y a un besoin évident de calculateurs quantiques. Il existe tout un écosystème qui va se développer autour de l'informatique quantique et sans doute aussi des applications dans le domaine de la défense. Il est très probable que les ordinateurs quantiques permettront d’effectuer des calculs en temps réel jusqu'à présent impossibles à effectuer. Je pense par exemple à des systèmes de navigation sécurisée en temps réel. Google et la Chine investissent dans ce domaine car il y a à la fois des enjeux économiques considérables et des enjeux de souveraineté nationale. Mais sans langage, cette performance brute ne sera que de la performance stupide. D'où la nécessité de créer un langage pour pouvoir programmer. Donc la volonté de Sylvie de chercher à créer des méthodes et des langages de programmation pour pouvoir exécuter des calculs quantiques a pleinement son sens.
Est-ce que vous voyez des projets d'entreprise qui préemptent ce domaine de l'informatique quantique ?
Oui, il y a des clusters qui se développent actuellement. Il y en a un qui s'appelle SIRTEQ,
C'est le réseau francilien pour les technologies quantiques. Dans ce réseau, il y a par exemple l'entreprise Quandela, cofondée par Pascale Senellart, Valérian Giesz et Niccolo Somaschi. Ils développent avec leurs collègues chercheurs un système qui permet de générer des photons uniques. Cette prouesse scientifique et technique peut être une brique fondamentale pour les ordinateurs quantiques.
Un grand nombre de technologies émergent en ce moment. Certaines vont s'imposer et devenir des normes. Ceci explique la course actuelle à la technologie et à l'établissement de standards. Les clusters mondiaux se développent sont parfois en mode coopératif mais la compétition fait rage, notamment en matière de propriété intellectuelle. La France, dotée d’excellents mathématiciens et physiciens mais également d’entrepreneurs audacieux, est très bien positionnée dans cette course scientifique, technique et commerciale.
Mais en face, il y a des pays qui investissent des montants nettement plus élevés que les nôtres. Aujourd'hui, un des enjeux cruciaux est de créer des outils qui permettront de programmer en quantique alors que nous ne savons, pour le moment, qu’enseigner les langages classiques binaires. Et c’est là que les développements de Sylvie prennent tout leur sens !
Calcul quantique
Présentation
Représentation
postulat
qubit
mesure
portes quantiques
combinaison d'états
rôle de l'observateur
- exercice
Algorithmes
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Communication
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